Retraite et expatriation : puis-je toucher ma retraite en vivant à l'étranger ?

Un retraité français vivant hors du territoire doit prouver chaque année qu'il est toujours en vie pour continuer à percevoir sa pension. Le paiement de la retraite à l'étranger n'est pas automatique : il dépend de démarches précises, d'accords bilatéraux parfois complexes et de contrôles continus.

La destination choisie n'est jamais neutre : selon le pays d'accueil, le régime fiscal et social entourant votre pension française peut changer du tout au tout. Certains États laissent faire, sans taxe supplémentaire. D'autres appliquent leur propre fiscalité. À la moindre défaillance administrative, un document oublié ou une échéance ratée, le versement peut être suspendu. Chaque régime possède ses propres modalités, propres à chaque pays, à chaque histoire personnelle.

Vivre sa retraite à l'étranger : un phénomène qui s'amplifie

La retraite à l'étranger séduit un nombre croissant de Français, tous horizons confondus. Aujourd'hui, plus de 1,2 million de personnes reçoivent leur pension de retraite hors du sol français, contre 900 000 il y a dix ans. Cette tendance ne s'arrête pas à une catégorie de population : jeunes retraités actifs, couples modestes en quête de vie plus accessible, entrepreneurs installés sous d'autres latitudes… Chacun a ses raisons, mais la dynamique est claire.

Certains pays font figure de favoris. Difficile de détrôner le Portugal, l'Espagne, le Maroc, la Suisse. Ces destinations s'imposent pour des arguments très concrets : climat favorable, régime fiscal jugé moins contraignant, vie quotidienne moins onéreuse ou affinités culturelles fortes. Cela dit, la retraite à l'étranger ne se cantonne pas à l'UE. En dehors de l'Europe, chaque pays pose ses propres règles : conventions bilatérales plus ou moins protectrices, fiscalité locale, transferts de pension qui demandent de la vigilance. Impossible de faire l'impasse sur le travail d'enquête en amont.

Pour ceux qui font le choix d'un pays de l'Union européenne ou de l'espace économique européen, les acquis sont globalement préservés. Les caisses françaises continuent de verser la pension, pourvu que l'on tienne à jour son adresse et ses coordonnées bancaires. Certains choisissent le virement sur un compte local, d'autres préfèrent garder un compte en France. Ce panel d'options existe, mais chaque formalité demande une attention constante.

Dès que l'on franchit les frontières hors UE, le dossier se complique. Les droits sociaux, les frais médicaux, la question des prélèvements : chaque point devient source de vigilance. Tout projet d'expatriation suppose de décortiquer les accords entre la France et le pays choisi. Rien n'est automatique : chaque dossier est singulier.

Quels droits à la retraite si vous partez vivre à l'étranger ?

La pension de retraite française suit son bénéficiaire. Les droits acquis auprès de la CNAV, des Carsat, de la MSA ou de la Caisse des Français de l'étranger sont transférables selon la convention liant la France au pays d'accueil. Au sein de l'Union européenne, de l'Espace économique européen et en Suisse, la portabilité fonctionne : les caisses de retraite françaises poursuivent le versement, aussi bien pour la retraite de base que pour la retraite complémentaire Agirc-Arrco.

La question la plus sensible concerne la résidence fiscale. Selon le pays d'accueil et selon qu'existe ou non une convention fiscale ou une convention bilatérale de sécurité sociale, la fiscalité et les prélèvements sociaux changent. Certains pays conservent les prélèvements à la source (CSG, CRDS, CASA, cotisation maladie) ; d'autres n'appliquent plus rien. Pour la double imposition, tout dépend des accords signés. Chaque détail du bulletin de pension doit être vérifié : impôt sur le revenu, prélèvements sociaux, déclaration. Tout laisser passer ouvre la porte aux erreurs ou aux pénalités.

La pension de réversion, l'ASPA, ou la liquidation anticipée pour carrière longue n'obéissent pas aux mêmes règles. Un départ hors de France avant l'âge légal peut faire perdre certains avantages. Les prestations comme l'ASPA imposent une résidence stable en France, quand la pension de réversion est très généralement transférée à l'étranger. Pour la santé, la prudence s'impose : la Sécurité sociale n'assure plus systématiquement la prise en charge hors France. Un contact avec l'organisme de sécurité sociale compétent est incontournable avant de partir.

Ce qu'il faut faire pour continuer à toucher sa pension hors de France

Déménager n'efface ni les droits, ni les devoirs. Chaque année, un certificat de vie doit être transmis à chaque caisse de retraite concernée. Ce document, que l'on obtient auprès d'une autorité locale (mairie, consulat, notaire, police…), est indispensable. Sans lui, le versement de la pension s'interrompt du jour au lendemain.

La dématérialisation a facilité la vie de nombreux expatriés : le service en ligne « Ma retraite à l'étranger » centralise l'envoi du certificat pour de nombreux régimes. Depuis l'espace personnel retraite, tout devient plus simple : modification des coordonnées bancaires internationales, ajout d'attestation maritale si besoin… Mais la moindre omission d'échéance peut suspendre votre pension : la rigueur s'impose à chaque étape.

Pour percevoir la pension sur un compte à l'étranger, il faut fournir un RIB conforme aux standards internationaux (IBAN, BIC). Parmi les États, certains imposent encore des contraintes spécifiques, il vaut toujours mieux vérifier auprès de la caisse concernée. En cas de question, l'assistance téléphonique dédiée oriente et facilite la marche à suivre.

Voici les réflexes à adopter pour se prémunir contre toute mauvaise surprise :

  • Envoyer dans les temps son certificat de vie annuel
  • Vérifier et actualiser ses coordonnées bancaires
  • Passer régulièrement par l'espace personnel en ligne pour suivre la situation et anticiper tout problème

Femme retraitée examinant ses documents de pension à la cuisine

Où chercher des conseils fiables pour une retraite à l'étranger ?

Avancer sur le terrain de la retraite à l'étranger sans s'appuyer sur des sources robustes serait risqué. Les organismes institutionnels sont en première ligne pour bien s'informer. Le CLEISS, centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale, décrypte les accords entre la France et une quarantaine de pays. Sur son site : explications, conventions, formulaire, contacts utiles. Côté santé et protection sociale, la Caisse des Français de l'étranger reste la référence pour les expatriés longue durée.

Certains outils numériques facilitent la préparation et le suivi du dossier : estimation du montant selon les régimes, simulateur, suivi des démarches. Pour ceux qui cumulent plusieurs régimes, tout est centralisé sur un portail unique. L'assistance téléphonique, dès les premiers échanges, permet d'y voir plus clair sur chaque situation personnelle.

Les dossiers pays (Maroc, Portugal, Nouvelle-Calédonie, etc.) publiés par les organismes référents traitent les spécificités conventionnelles et fiscales. Prendre le temps de consulter les organismes de sécurité sociale locaux, souvent en relation directe avec les caisses françaises, permet d'accélérer les démarches, valider ses droits, ou régler en temps réel les imprévus administratifs.

  • Le CLEISS pour connaître les conventions existantes
  • La Caisse des Français de l'étranger pour la protection maladie
  • Les portails officiels de retraite pour suivre et centraliser vos démarches

Pour ceux qui veulent anticiper, le conseil d'orientation des retraites publie régulièrement analyses et prévisions. Dans cet univers en transformation permanente, garder un œil attentif sur l'actualité peut faire toute la différence.

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