Un épargnant qui détenait son Livret A au plafond début 2025 a vu sa rémunération passer de 3 % à 2,4 %, puis 1,7 %, avant de remonter à 1,7 % au 1er août 2026. En un an et demi, le taux a été divisé par près de deux, puis légèrement relevé.
Pour anticiper ce qui arrive d’ici février 2027, on doit regarder les deux variables qui alimentent la formule de calcul, et surtout comprendre pourquoi le gouvernement a choisi de ne pas intervenir cette fois.
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Comment la formule du Livret A fixe le taux
Deux paramètres entrent dans le calcul : l’inflation hors tabac sur les six derniers mois glissants et le taux interbancaire court (€STR). La formule combine ces deux composantes pour produire un taux arrondi au dixième de point le plus proche.
En février 2026, l’inflation modérée et la baisse des taux directeurs de la BCE ont tiré mécaniquement le résultat vers 1,5 %. Le gouvernement a appliqué ce chiffre tel quel, sans bonification discrétionnaire. On est revenu à une logique purement mécanique, sans coup de pouce politique.
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Pour août 2026, la remontée de l’inflation au-dessus du seuil précédent a donné un taux théorique de 1,7 %, appliqué là encore sans ajustement. La règle du jeu est claire : tant que l’exécutif ne déroge pas à la formule, ce sont l’inflation et l’€STR qui décident du rendement.

Taux du Livret A en février 2027 : trois scénarios possibles
La prochaine révision tombe au 1er février 2027. Selon la trajectoire de l’inflation au second semestre 2026, trois issues se profilent.
Scénario bas : un taux entre 1,4 % et 1,5 %
Si l’inflation retombe sous 1 % d’ici décembre 2026, portée par un ralentissement de la demande ou une stabilisation des prix de l’énergie, la formule ramènerait le taux à 1,4 % ou 1,5 %. Plusieurs analystes évoquaient déjà cette trajectoire fin 2025.
L’écart avec les fonds en euros d’assurance vie, dont certains affichent des objectifs de rendement supérieurs, se creuserait alors davantage. La décollecte du Livret A pourrait s’accélérer nettement.
Scénario central : maintien à 1,7 %
Une inflation qui reste dans la zone de 1,5 % à 2 % produirait un taux proche de celui en vigueur. Ce scénario suppose des prix de l’énergie stables et l’absence de choc tarifaire (droits de douane, tensions géopolitiques).
Un maintien à 1,7 % marquerait le premier gel de fait depuis la séquence de baisses amorcée début 2025. Pour les épargnants qui hésitent entre livrets et placements plus longs, ce serait un signal de stabilisation.
Scénario haut : remontée entre 1,8 % et 2 %
La Banque de France et plusieurs économistes mentionnent une fourchette de 1,8 % à 2 % si les tensions inflationnistes repartent. Un rebond des prix alimentaires ou un renchérissement lié aux droits de douane internationaux suffirait à pousser la composante inflation au-dessus de 1,7 %.
Ce scénario n’est pas le plus probable à date. Il n’est pas marginal non plus, vu le contexte commercial international.
Décollecte du Livret A : un problème aussi politique
Plus de 5 milliards d’euros de retraits ont été enregistrés depuis janvier 2026 sur le Livret A et le LDDS. C’est le pire semestre pour ces deux produits depuis 2008.
Quand le rendement réel (taux nominal moins inflation) frôle zéro, une partie du capital migre vers les fonds en euros, les comptes à terme ou les livrets bancaires à taux promotionnel. L’arbitrage est direct et concret.
Le sujet devient politique parce que le Livret A finance le logement social via la Caisse des dépôts. Si les retraits s’amplifient, le gouvernement pourrait appliquer un coup de pouce pour freiner la sortie de capitaux, même si la formule donnerait un taux plus bas. Cette option n’a pas été retenue pour l’instant, mais elle reste sur la table pour février 2027.
Rendement réel en 2026 : ce que l’épargnant gagne après inflation
Le taux nominal ne suffit pas. Ce qui compte, c’est le rendement réel, c’est-à-dire le taux après inflation.
- À 1,5 % de taux nominal avec une inflation à 1,5 %, le rendement réel est nul : le capital ne s’érode pas, mais il ne progresse pas non plus
- À 1,7 % avec une inflation à 1,2 %, le rendement réel tourne autour de 0,5 %, modeste mais positif
- À 1,7 % avec une inflation à 2 %, le rendement réel devient négatif : l’épargnant perd du pouvoir d’achat malgré les intérêts
Un Livret A au plafond de 22 950 euros rapporterait environ 390 euros d’intérêts annuels à 1,7 %, nets d’impôt. Dès que l’inflation dépasse ce seuil, la perte de pouvoir d’achat grignote une partie de ce gain.
LEP, LDDS, fonds en euros : où placer son épargne cet été
Le LEP reste le livret le plus rémunérateur, à 2,7 % depuis février 2026. Il est réservé aux ménages sous plafond de revenus. Son rendement réel reste positif dans la plupart des scénarios d’inflation envisagés.
Le LDDS suit exactement le même taux que le Livret A (1,7 % depuis août 2026). Le cumuler avec un Livret A permet d’augmenter le plafond global d’épargne réglementée exonérée, pas d’obtenir un rendement supérieur.
- Livret A + LDDS : socle d’épargne de précaution, exonéré d’impôt et de prélèvements sociaux, mais rendement réel proche de zéro
- LEP : meilleur rendement réglementé, à privilégier si on y est éligible, avant de remplir le Livret A
- Fonds en euros : certains contrats d’assurance vie affichent des objectifs de rendement supérieurs à 2 %, avec une fiscalité avantageuse au-delà de 8 ans
- Comptes à terme : taux fixes sur 12 à 24 mois, parfois supérieurs à 2,5 % brut, mais avec des intérêts soumis au prélèvement forfaitaire

La démarche la plus courante consiste à garder deux à trois mois de dépenses sur le Livret A pour la liquidité immédiate, puis à orienter le surplus vers des supports mieux rémunérés. Garder un Livret A au plafond par réflexe coûte de l’argent quand le rendement réel est nul ou négatif. La révision de février 2027 dira si la tendance baissière reprend ou si l’inflation offre un sursis aux épargnants prudents.

